La beauté de Montréal c’est son réseau humain

Présidente-fondatrice de la SAT et récompensée du prix de la Bâtisseuse du XXIe siècle par la Ville de Montréal, Monique Savoie est l’une des figures majeures de l’Art numérique. Pour mieux comprendre cette discipline et comment elle peut nous aider à construire des villes durables (et belles !), je suis parti à sa rencontre.

Pourriez-vous rappeler ce qu’est la Société des Arts Technologiques (SAT) ? Et comment a-t-elle contribué à l’émergence des arts numériques ?

Tout commence en 1994 avec l’accueil par Montréal d’ISEA 95 (International Symposium of Electronic Art). A l’époque des forces se dessinaient autour de l’art numérique en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Autriche, en Finlande ou encore aux Pays Bas. Toutes ces nationalités se sont donc retrouvées à Montréal (en tout plus de 1200 personnes). A ce moment, on a vu qu’un véritable mouvement était en train de naître. ISEA 95 a permis de cristalliser cette mouvance internationale et d’attirer l’attention sur Montréal. La SAT est née de la volonté prolonger ce moment et de créer un ancrage autour de cet évènement. A l’époque les personnes ne percevaient pas comment le numérique pouvait toucher la culture. Il s’agissait donc d’un travail de pionnier car il a fallu faire naitre une discipline. Aujourd’hui les artistes du numérique sont soutenus (financièrement et par des programmes), il y a de l’intérêt et du souffle autour de cet art.

Le Québec est un peu un laboratoire de survie. La culture de la transmission orale et des réseaux y est très forte. Ce n’est donc pas vraiment un hasard si Montréal est à l’avant-garde en matière de nouvelles technologies. Mais Montréal est aussi une ville très tolérante. Ces éléments réunis expliquent, en partie, comment Montréal est devenu un vrai incubateur de talents et d’idées. La SAT contribue à ce rayonnement car nous aidons à lancer des carrières et des idées.

Chaque année plus de 130 délégations internationales (parmi lesquelles des villes) viennent à votre rencontre. Comme s’il y avait un enjeu politique autour de l’art numérique. Pourquoi les villes s’intéressent autant à cette discipline ?

Comment enrayer l’exode des jeunes vers les grandes villes ? Comment créer de l’appartenance ? Comment faire vivre un enracinement auprès d’individus qui ne sont pas nécessairement nés dans la ville dans laquelle ils vivent ? Comment utiliser un patrimoine sans en faire un musée ? Ce sont des problèmes très concrets auxquelles ont été confrontées des villes comme Nice et Amiens (qui ont toutes deux sollicitées notre aide). Et la SAT vient justement apporter des réponses à ces questions.

Depuis le début de ce tour du monde il a souvent été question de villes durables, de villes intelligentes ou encore de villes inclusives mais moins de villes belles. Comment l’art numérique peut-il nous aider à créer de belles villes ?

La beauté de Montréal c’est son réseau humain. On peut imaginer que l’Intelligence Artificielle va nous aider à alimenter ces réseaux humains. On dit qu’on a « des réseaux de bibliothèque », « des réseaux de centres d’artistes », etc. mais en réalité personne n’est vraiment en réseau. A la SAT on vient de connecter 22 salles de spectacle québécoises. On peut ainsi travailler sur de nouvelles scénographies et sur de nouvelles façons d’être ensemble. On s’interroge également sur la manière dont on peut utiliser de la réalité augmentée pour se rencontrer dans des lieux virtuels. On réfléchit donc au Web 3.0. Depuis sa création, le Web a très peu changé. Ça demeure de l’hypertexte. Mais quelle sera la prochaine génération web ? Comment y sera-t-on représenté ? Avec un corps ? Avec des émotions ? Voilà des questions qui nous intéressent.

Je m’intéresse également beaucoup à la manière dont on peut faire vivre l’histoire d’une ville. En croisant de l’IA et de la réalité virtuelle, pourra-t-on revoir ou revivre notre histoire ? Il y a un magnifique projet à la Pointe-à-Caillère, la cité d’archéologie et d’histoire de Montréal, où de l’IA est utilisée pour amener le passé de Montréal dans le présent.

Dernière question : à quoi ressemble votre ville idéale ?

Ma ville idéale c’est le monde, c’est la Terre. C’est une ville qui devrait être tolérante. Il y a donc un peu de ménage à faire dans certains coins de ma ville !

Avec la SAT on travaille avec des pays comme Cuba (où on fait de la formation) ou encore la Mongolie (où on a envoyé des films immersifs qu’ils ont projeté dans des yourtes). Je dis donc que ma ville idéale est la Terre parce qu’on on souhaite créer un Hub où il sera possible d’échanger avec des personnes issues de toutes les régions du monde. Avec derrière l’objectif que des communautés se retrouvent et que des frontières s’abaissent.

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